A lire sur l' enfant en danger
Alice Miller aux côtés des enfants maltraités
Psychanalyste suisse, Alice Miller lutte depuis vingt-cinq ans contre les châtiments corporels – claques, fessées – infligés aux enfants. Un combat repris par le Conseil de l’Europe, qui se mobilise pour leur interdiction.
Tous les enfants humiliés et maltraités ne deviennent pas des monstres, mais tous les monstres ont été des enfants humiliés et maltraités.Devenu une évidence, ce constat n’allait pas de soi quand Alice Miller le formula au début des années 1980.
Petite femme brune au regard pénétrant, Alice Miller marque un avant et un après dans l’existence de ceux qui la rencontrent ou la lisent. Elle-même brimée par des parents meurtris par leur propre éducation, elle trouve refuge dans la peinture et prend conscience de la charge d’angoisse imprimée dans son psychisme par son enfance. Après quelques années d’intense production créatrice, elle se met à écrire pour partager les fruits de sa réflexion. Dans C’est pour ton bien, l’ouvrage qui fonde en 1984 l’acte de naissance de sa pensée, Soutenue par l’Unesco et l’Unicef, sa thèse est aujourd’hui relayée par de nombreux thérapeutes ainsi que par des associations qui militent contre les violences « ordinaires » faites aux enfants (Ni claques ni fessées, Vaincre la violence…3). Agée de 84 ans, Alice Miller continue à publier livres, articles et réponses à des courriers de lecteurs pour propager son appel au changement des mentalités en matière d’éducation.
A l’origine de la violence que l’on s’inflige à soi-même ou que l’on fait subir à autrui, il y a toujours le meurtre de l’âme enfantine infligé aux petits par les adultes. C’est ce qu’Alice Miller appelle la « pédagogie noire », qui brise la volonté de l’enfant pour en faire un être docile et obéissant. La pierre angulaire de ce type d’éducation consiste à faire accepter à celui-ci qu’on « lui fait mal pour lui faire du bien ».
Cette idée, développée par Alice Miller dans plusieurs de ses livres, dont Le Drame de l’enfant doué et C’est pour ton bien, met en relief le douloureux conflit intérieur que vit l’enfant : il souffre de la conduite de ses parents, mais l’accepte par amour pour eux.
Le droit de ne plus aimer ses parents
S’appuyant sur les parcours de Dostoïevski, Virginia Woolf ou Arthur Rimbaud, frappés d’épilepsie, de dépression ou de cancer, Alice Miller défend l’idée qu’il existe une relation irréfutable entre le manque de « nourriture affective » et les maux dont notre corps souffre à l’âge adulte. Avec le temps, les émotions réprimées dans l’enfance (par peur des punitions) se transforment en maladies et dépendances diverses.
Pour rompre ce cycle malheureux, la thérapeute préconise de briser les interdits, et en particulier de nous autoriser à ne pas aimer nos parents. Tout comme les victimes doivent cesser de trouver des circonstances atténuantes à leur bourreau, les enfants ont le droit de rompre avec le commandement biblique : « Tu honoreras ton père et ta mère. »
Pourquoi les auteurs de violences physiques ou sexuelles disent aux enfants : « C’est pour ton bien ; c’est pour t’apprendre ; j’ai le droit parce que je suis un adulte ? »
Ils veulent te faire peur ou faire pression sur toi pour que tu n’en parles à personne. Ils veulent te faire croire que puisqu’ils sont plus grands que toi, ils peuvent te faire faire ce qu’ils veulent. C’est faux. Si tu as un doute ou si tu ne veux pas faire ce qu’ils te demandent, parles-en à quelqu’un en qui tu as confiance.
Est-ce que c’est dur de révéler son histoire d’enfant maltraité ?
C’est toujours difficile de parler de choses très personnelles et douloureuses. C’est le premier pas qui est difficile car on révèle son histoire. Le mieux c’est d’ en parler pour te protéger, te faire aider et faire cesser les violences. Quand tu as trouvé à qui en parler, tu n’es alors plus seul avec ce secret si lourd à porter.
Un enfant maltraité peut-il porter plainte contre ses parents ou un autre adulte ?
Toute personne a le droit de porter plainte quand elle est victime d’un délit ou d’un crime. Un enfant, quelque soit son âge, a donc le droit d’aller à la gendarmerie, au commissariat de police ou à la Brigade des Mineurs (s’il en existe une dans sa ville) pour signaler qu’il est victime de maltraitance de la part de ses parents ou d’un adulte. Il sera alors représenté par un adulte (administrateur ad hoc, avocat…).
