Retour accueil
faut-il une réforme de l'orthographe ? " Bas de page : vos réations
Correction automatique et langage SMS feraient ils oublier aux enfants la bonne pratique de l’orthographe? Le résultat de l’enquête que publie l’Éducation nationale donne quelques éléments de réponse, en mettant en évidence une hausse significative du nombre moyen de fautes d’orthographe chez les élèves de CM2, celui-ci s’élevant, en 2007, à 14,7 pour une dictée d’une dizaine de lignes. Ce chiffre éloquent l’est d’autant plus qu’il est le résultat d’une augmentation de 40 % depuis 20 ans, et tout particulièrement depuis les dix dernières années. En effet et pour la même dictée, les écoliers de 1987 totalisaient un nombre de 10,7 fautes commises en moyenne. Bien que les difficultés restent les mêmes avec les erreurs grammaticales en tête, celles-ci ont pris leur envolée et représentent désormais deux sur trois fautes faites. Ainsi, ils ne sont qu’un élève sur deux à avoir correctement su accorder le participe passé dans cette phrase de circonstance "Les gamins se sont certainement perdus."
Les piètres résultats des élèves en dictée relancent la querelle séculaire entre ceux qui veulent rapprocher l'écrit de l'oral et les puristes qui brandissent l'argument de la sauvegarde du français. Même les modestes rectifications adoptées par l'Académie française en 1990 sont restées lettre morte. Et l'enseignement n'évolue pas plus. France, ton orthographe fout le camp! Voilà le triste constat du collectif Sauver les lettres. Selon l'enquête menée par ces professeurs à la rentrée 2004, un élève de seconde sur trois est incapable d'écrire sans faire moins de deux fautes par ligne. Et 56% d'entre eux auraient écopé d'un zéro pointé à la dictée du brevet de 1988. A la fac, ce n'est pas mieux. Exemple, cette copie d'un étudiant de première année de lettres classiques à Toulouse: «Le Dieu Arès est née des amours conflictuel d'Héra et de Zeus, dans un climat parentale tendue. Arès, qui représente la guerre cruel et istérique serra blaissé à l'épaule!» Pauvres élèves: à leur décharge, il faut bien reconnaître que la langue française est un pur bonheur pour les amateurs de chausse-trap(p) es, de singularités, d'anomalies et autres adeptes de la dictée de Bernard Pivot. Quant aux collectionneurs de fossiles sémantiques, ils se régalent. «L'histoire et l'étymologie se dessinent derrière notre langue», explique le linguiste Alain Bentolila. Une étude publiée en 2003 par le British Journal of Psychology a testé le niveau de connaissance orthographique des enfants de cours préparatoire dans plusieurs pays d'Europe. Chacun a dû écrire, dans sa langue maternelle, des mots courants comme «heure», «voir», «air», «femme», «vent», «idée» et «monsieur». Les petits Grecs, Finlandais, Italiens, Espagnols, Allemands, Norvégiens, Suédois et Néerlandais ont tous commis moins de 10% d'erreurs. Leurs camarades français ont fait beaucoup moins bien: 21% de fautes. Mieux, tout de même, que les Portugais (26%), les Danois (30%) et les Britanniques (66%).Faut-il pour autant simplifier l'orthographe? Voilà des siècles que les Français s'étripent sur le sujet. «La querelle des Anciens et des Modernes a opposé, dès les débuts de l'Académie française, en 1635, ceux qui ne voulaient pas la modifier parce que sa connaissance permet de distinguer ?les honnêtes hommes des simples femmes et des enfants? et ceux qui souhaitaient rapprocher l'écrit de l'oral, raconte la linguiste Liliane Sprenger-Charolles. Dans ce dernier camp, on trouve des hommes de lettres tels que Corneille et Littré.» Voltaire aussi, qui disait: «L'écriture est la peinture de la voix: plus elle est ressemblante, meilleure elle est.» Dernière tentative en date de simplification de l'orthographe, les modestes rectifications - facultatives au demeurant - qu'a acceptées l'Académie en 1990 sont restées lettre morte. Le nénufar, l'ognon et le portemonnaie ont fait sauter les puristes au plafond, comme la suppression des accents circonflexes sur les lettres «i» et «u». «La relation à l'orthographe est émotionnelle, car elle fait partie de la culture, analyse Monika Keller, professeur de français dans le Bade-Wurtemberg, qui a consacré sa thèse aux essais de réforme de l'orthographe française. D'accord, elle est trop compliquée, mais, quand il s'agit d'écrire tel ou tel mot autrement, on se dit que ce n'est tout de même pas possible!»
Le débat sur l’orthographe revient régulièrement sur le tapis. La querelle des Anciens et des Modernes oppose depuis des lustres, d’un côté les tenants de l’orthodoxie pour lesquels il faut défendre au pied de la lettre notre chère grammaire, nos saintes règles et la rigueur orthographique et, de l’autre côté, les pragmatiques qui plaident pour une simplification du français écrit. En réalité, plusieurs débats se superposent derrière cette empoignade dont la mèche est souvent allumée, fort justement, par les difficultés des enseignants et des élèves face au cours de français. J’identifie au moins trois duos/duels qu’il faut impérativement situer dans une perspective historique : langue écrite/langue parlée, langue figée/langue vivante, langue "pure"/langue "pervertie".
Langue écrite/langue parlée. Le français châtié, tel qu’on l’écrit avec plus ou moins de bonheur, n’est pas celui que l’on parle. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Jusqu’au XXe siècle, le français n’était pas la langue vernaculaire de la majorité des Français. Il y avait les langues régionales, les parlers régionaux (appelés patois) qui sont encore pratiqués, en concurrence avec le français. Il faut y ajouter les argots, les nouveaux langages des banlieues ou ceux des jeunes. Le français parlé actuel - il faudrait dire les français parlés - est l’héritier de ces différentes traditions linguistiques. Nombre de scolaires découvrent le français écrit à l’école et doivent l’apprendre, avec ses codes et ses règles compliquées, mais dont ils n’ont pas forcément l’usage au quotidien. L’orthographe de beaucoup de mots ne se comprend qu’à la lumière de leurs racines grecques, latines ou germaniques. La grammaire, la syntaxe obéissent à des règles logiques proches des mathématiques. Le génie de cette langue repose sur ce socle. Comment y toucher sans la dénaturer ? En revanche, de doctes savants ont ajouté au fil du temps de nouvelles strates de vocabulaire et de règles grammaticales inutiles, qui ont compliqué la langue sans vraiment lui apporter un supplément d’âme. Il y a du dépoussiérage à faire. Langue figée/langue vivante. Depuis ses premiers pas écrits au IXe siècle, la langue romane, puis française, a subi une évolution constante. Souvent, ce fut l’usage quotidien qui engendra les changements. À notre époque, il en va encore ainsi. Des mots naissent, des orthographes apparaissent, des tournures nouvelles sont créées spontanément par la population. Ce qu’elle adopte dans la durée finit par être entériné officiellement. Le sens inverse fonctionne plus mal : les instances officielles ont beau décréter ce qu’il faut dire, cela reste lettre morte. C’est l’usage général qui tranche. C’est le signe d’une langue qui vit. Il ne faut donc rien figer définitivement. Sinon, on risque de creuser l’écart entre langue officielle et langue usuelle. On connaît déjà la fin de l'histoire : le roman, ancêtre du français, n'est rien d’autre que du latin de cuisine pratiqué usuellement par le peuple, à côté d’un latin savant figé dans les grimoires et parmi les élites. Mais tout est affaire de nuance : jusqu’où l’usage a-t-il raison ? Langue pure/pervertie. Une langue pure n’existe pas. Le français est né à partir des influences latine, grecque, germanique, celte, espagnole, italienne, arabe, anglaise, etc. Sait-on que le vocabulaire anglais contient des milliers de mots d'origine française ? Les échanges, le dialogue enrichissent les peuples, y compris leurs langues. Rien de choquant aux emprunts sauf quand ils sont ridicules. Pourquoi utiliser un mot anglais quand l’équivalent français existe et est d’usage ? Alors réformer ? Pas si simple mais nécessaire. Mais peut-être que la bonne question n’est pas là. Avant de réformer, sommes-nous d’accord sur ce qu’il faut enseigner ?
Les enfants ne savent plus écrire, premièrement parce qu'ils ne lisent plus, le multimédia, le téléviseur...prenant tout leur loisirs. On voit qu'écrire embête les jeunes, c'est justement parce qu'il y a tant de technologies dans leur environnement qu'il faut à tout prix ne pas laisser notre langue dévoyer aussi rapidement, il est simple d'agir ; davantage d'heures de Français (qui est tout de même notre langue), davantage de rigueur, pour ne pas qu'on se retrouve un beau matin dans le soir "des pourquoi n'avons-nous pas vu venir ?" ghislainhammer
Les ministres de léducation de gauche sont trop timorés pour réformer, ceux de droite trops abrupts pour les faire accepter, à quand des réformes en profondeurs mais en concertation avec l'Education Nationale.Carine 32 ans enseignante Mougins L'abaissement du niveau d'horthographe,c'est un phénomène qui existe, et sa simple existence est assez affligeante sur le niveau culturel des jeunes (y compris pour les enseignants intellectuellement exigeants qui sont confrontés à cette médiocrité, et qui en souffrent), je suis d'accord, même si j'ai l'impression que c'est peut-être dommage pour une réforme modérée de l'horthographe.. SM - Cannes J'avoue que je ne comprends pas cette volonté systématique de réformer l'orthographe. Pour finir une réforme simplificatrice n'a qu'un but: dégraisser davantage le corps professoral. De plus l'orthographe est selon moi également une affaire de mémorisation des mots: si une simplification devait survenir et s'imposer, ça ne changera rien à l'effort requis de mémorisation de ce mot fixé comme norme (je connais des gens qui ont une orthographe effroyable qui écrivent chacun différemment le même mot simplifié par leurs soins...)SDK J'ai bien peur qu'en s'engageant dans une réforme de l'orthographe en vue de la simplifier, il s'agisse davantage de se prosterner devant les pressions "aplatissantes" des médias de communication informatique plutôt que d'apporter les correctifs appropriés à certains dérapages abusifs ponctuels qu'a encaissés le français. PP - Grasse La tentation est sournoise. Toutes les langues, y compris l'anglais, sont soumises à cette impitoyable pression pour niveler par le bas. C'est comme s'il fallait à tout prix aplanir difficultés techniques, caractères distinctifs, particularités régionales, usages pittoresques mais combien évocateurs. Finalement, on y perd tous. On perd non seulement un moyen d'expression, mais aussi un outil à penser.
Merci encore et pardon du retard, mais je n'arrive pas toujours à suivre.MN Continuez à nous adresser vos réactions : info@humactions.org
|
||||||
| a |